Week-Art #2
L'effet kisscool
Scène de vaccination sur un Mural de Diego Rivera, Detroit Institute, 1932
Quelques totems du monde de l’art sont en train de tomber à la faveur de la confusion permise par le.a. COVID. Du rôle des musées à la propriété des oeuvres jusqu’à la façon de les acheter beaucoup de ce qui était en gestation au cours des dernières années se matérialise en 2021.
Plusieurs directeurs interrogés quant au futur de leurs institutions nous parlent d’universalité du savoir, d’un rôle sociétal, d’un devoir de fraternité, de représentation du monde. Les musées de demain se prennent pour les écrivains du 19ème siècle et il se peut que leur public attendent d’eux tout autant. Ils doivent préparer demain en parlant un peu d’hier et surtout d’aujourd’hui. Dans ce nouveau modèle, car il est nouveau quoi qu’on en dise, les oeuvres accrochées aux murs des musées, dont les soeurs se vendent pour des dizaines de millions en salle de vente, ne sont plus que des chiffres : en garder autant sur les murs est presque indécent quand tant de choses sont à faire here and now. D’ailleurs quelle serait la place d’un musée traditionnel face aux galeries qui deviennent elles mêmes des musées comme la Pace à NY ou plus récemment Gagosian Gallery qui reprend l’éphémère espace Marciano ?
La mutation des maisons de vente continue. Si les mastodontes Xties et Sby’s voient leur chiffres d’affaires logiquement reculer en 2020, ils savent s’adapter. Plus online, plus de ventes, plus de collectibles, de sac, montres et autres bijoux, même des baskets 😂. Parallèlement au sein des galeries, les boutiques et librairies dans lesquelles se déclinent éditions et livres d’art à prix d’or se multiplient. Certaines projettent de lancer des chaines hôtelières (Hauser & Wirth), d’autres se contentent d’ouvrir plusieurs galeries dans une même ville comme une marque ouvrirait plusieurs magasins. Bientôt la transition du monde de l’art vers celui du luxe sera achevée et on remplacera un artiste mort par un directeur de collection pour qu’il continue de créer, avant, pourquoi pas, de remplacer un artiste de son vivant…
Face à tous ces changements la tentative de régulation de la spéculation menée par certains acteurs ressemble plus à du Don Quichotte qu’autre chose.
🏦 Museum on Sale
Par l’équipe d’Artforum
L’Art Institute du musée de San Francisco envisage de vendre une fresque de Diego Rivera à George Lucas pour $50 M après une année difficile privée de frais de scolarité.
La dette contractée quelques années auparavant est devenue trop lourde pour la prestigieuse école.
Des travaux d’expansion engagés quelques années plus tôt sont la principale cause du déséquilibre financier.
La news n’a rien de surprenant et arrive dans un contexte de remise en question plus globale du rôle des institutions du monde de l’art et de la place qu’y tiennent les oeuvres (ou de la place qu’y tiennent les oeuvres qui valent beaucoup d’argent). En 2020 l’Everson Museum of Art a vendu son Pollock (et vient de commencer à faire ses emplettes), le Baltimore Museum a vendu un Marden, un Still et un Warhol, le Brooklyn Museum un Courbet etc. Une tendance qui devrait logiquement se confirmer en 2021. Qui veut la Joconde ?📱Millenials make it click
Par Kelly Crow
Les maisons de vente ont tout misé sur l’online cette année, réalité augmentée, plateau digne de la télé, on se serait cru dans une version d’eBay sous stéroïdes. Si rien n’a pu empêcher la baisse de leur chiffre d’affaire - leur corrélation à la réalité reste le grand malheur des acteurs du marché de l’art - force est de constater qu’ils se sont plutôt bien adaptés notamment en boostant considérablement leur département de Private Sales et en démultipliant les ventes luxes et collectibles. L’instant cliquant des Millenials a beaucoup joué cette année pour limiter la casse, comme la très logique surreprésentation des acheteurs asiatiques.
Xties et Sby’s réalisent chacune plus d’1 Mlds de Private Sales, un record.
Les CA baissent tout de même Sby’s -12%, Xties -22%, Phillips -11%
Les clients asiatiques sont ceux qui ont le plus soutenu le marché cette année, dépassant les achats des clients US chez Xties et raflant un tiers des plus gros lots chez Sby’s.
Les articles de luxes sont facilement comparables online et plus accessibles.
“Amy Cappellazzo, chairman of Sotheby’s fine art division, said the number of under-40 collectors bidding at the house doubled last year, with many hailing from the technology industry. The majority are comfortable bidding by app, rather than on the phone. Millennials seldom even ask to see condition reports, she said.”
Voilà longtemps que les ventes online sont considéré comme le futur de l’industrie, même si je suis un peu déçu que personne n’ai encore organisé de vente avec un casque de réalité virtuelle, ça ne saurait tarder. Same pour la surreprésentation asiatique attendue reflétée par l'alliance entre Phillips et Polly Auction entre autres. Ce qui est plus intéressant c’est le shift assumé et marketé des maisons de ventes vers le modèle de revendeur de produits de luxe en général. ✍🏿 No Flippers Allowed
Par Eileen Kinsella
C’est l’expo du futur. La prometteuse curatrice Destinee Ross-Sutton (on va dire DRS) à l’origine de shows dédiés aux artistes noirs - concept impensable au pays des droits de l’Homme et de la françafrique - lance une nouvelle exposition à NY en s’attaquant à deux tabous supplémentaires : elle donne la priorité aux collectionneurs noirs et force la signature d’un contrat de non-revente pour empêcher la spéculation.
Cette été DRS a curaté une expo très remarquée et sold-out (c’est pareil) chez Chrities “say it loud (i’m black and proud)”.
Aujourd’hui l’art-symbol de 25 ans lance une galerie nomade en commençant par un show dans l’ancienne galerie de Paula Cooper à Chelsea (750 m2 quand même).
Le contrat de non-revente stipule l’interdiction de mettre l’oeuvre aux enchères pendant 5 ans, un droit de préemption par l’artiste et en dernier recours la redistribution de 15% des profits à ce dernier.
Même si les contrats de non-revente existent déjà, DRS en fait un engagement de redistribution plutôt qu'un acte punitif. Bas les masques donc et il y a fort à gager que la prochaine avancée tentera de contrôler l'oeuvre au fil de plusieurs transactions de suite, certains acteurs de la blockchain planchent déjà dessus.



